dimanche 19 mai 2013

Lorette

Rien à voir avec la chanson de Michel Fugain... Après la visite du Palais Černín, nous en profitons pour découvrir ce haut lieu de pèlerinage à Prague qu'est Notre-Dame-de-Lorette.


Oui, bâtie sur le modèle de Loreto en Italie, là où on aurait remonté la modeste maison de Marie, Joseph et Jésus après l'avoir démontée pierre par pierre et transportée depuis Nazareth à l'occasion d'une croisade.

La "Sainte Case" au milieu du cloître

La réplique de la "Sainte Case" se trouve au milieu de cette "coque" baroque ornée de nombreux stucs illustrant la vie de Jésus enfant. Le contraste entre l'intérieur, tout en brique et sobriété, et l'extérieur est frappant.

Photo : Jefie
Dans le cloître, l'une des deux sculptures monumentales flanquant la Sainte Case.


L'intérieur de l'Eglise de la Nativité, parmi multitude de petites chapelles, qui dédiée à la Sainte-Famille, qui dédiée à Sainte-Anne etc. Tout y est question de la famille de Jésus...



Dans le trésor de Notre-Dame-de-Lorette, ce missel publié à Anvers en 1696, avec sa reliure d'origine.


Ou encore le Soleil de Prague, un ostensoir en argent doré serti de 6 222 diamants.



Les plafonds peints du cloître.


vendredi 17 mai 2013

Croatie, soyez la bienvenue !

A l'occasion de l'entrée de la Croatie dans l'Union Européenne, le Ministère tchèque des Affaires Etrangères a organisé une journée "Portes Ouvertes" de ses locaux (le Palais  Černín) , suivie d'un concert dans ses jardins.



C'est le 8 mai, jour férié en Tchéquie et nous décidons d'aller jeter un coup d'oeil, tout en craignant que ce ne soit noir de monde. Effectivement, la foule est bien là. Le 8 mai n'est plus un jour férié en Belgique mais les Tchèques fêtent toujours la fin de la seconde guerre mondiale et ils y ont ajouté la notion de fin du fascisme.

Le passage voûté de la place Pohořelec

Nous faisons donc patiemment la file pour passer au contrôle de sécurité, comme dans les aéroports. Le parcours est fortement balisé et nous emmène dans quelques salles de réunion et salles à manger, garnies de vaisselle pour l'occasion. Moisson de photos à l'intérieur du Černínský Palác:



Quelques plafonds peints





La cour intérieure


L'entrée des jardins en venant du Palais, avec vue sur le pavillon abritant les expositions.



Le pavillon de plus près.



La foule attend patiemment le début du concert, avec des artistes Croates bien sûr, le groupe Klapa Kampanel, que nous retrouverons d'ailleurs lors de la journée de l'Europe dans Kampa Park.

Un lien vers ce groupe bien agréable à écouter, même si on ne comprend pas les paroles : http://www.youtube.com/watch?v=xT80mVH1qIA. Le croate est une langue slave.

Nous parcourons tranquillement les jardins puis continuons notre promenade qui nous fera visiter la Chapelle de Lorette (autre post).



Nous déambulons dans le quartier du Château, jouons les touristes en empruntant les escaliers qui mènent à Nerudova pour finir, comme par hasard...., devant un café chez Starbucks







mercredi 15 mai 2013

La Galerie Nationale de Prague présente des peintres romantiques belges et néerlandais


Des invitations sont arrivées à l'ambassade, pour l'exposition "A Romantic View", sous-titrée Peintures néerlandaises et belges du 19e siècle. Avons-nous été invités à cause du lien belge ? Pas du tout ! Si l'exposition est officiellement placée sous les auspices de l'Ambassade des Pays-Bas à Prague, pas un mot de la Belgique car elle n'a pas donné un seul sou. Austérité budgétaire oblige. En fait, nous avons été invités car la curatrice de l'expo est l'amie d'une collègue...

L'expo se tient au Salmovský Palác, Hradčanské náměstí, la place qui jouxte le Château, juste à côté du palais Schwarzenberg dont je vous parlais dernièrement.


Une vieille photo du Salm Palace, vieille à cause des cabines téléphoniques...

Sur la façade, un mémorial au sculpteur J. Landa, qui vécut dans ce palais avant qu'il ne devienne l'un des nombreux lieux d'exposition de la Galerie Nationale de Prague.


Le hall d'accueil du palais a été conçu et aménagé par l'architecte Josep Lluís Mateo qui a choisi l'espace entre les deux palais pour accueillir les infrastructures du Musée (caisses, vestiaires,...). Voyez les sgrafittes du Palais




Les discours d'inauguration (et le bar...) se tiennent dans ce grand hall lumineux et sobre. Le Ministre des Affaires Etrangères Tchèque, Karl Schwarzenberg, candidat malheureux aux dernières élections présidentielles, y va de son speech, ainsi que Jef Rademakers, citoyen néerlandais vivant presque depuis toujours en Belgique. Les tableaux exposés aujourd'hui sont issus de sa collection, l'une des plus importantes collections privées de tableaux romantiques belges et néerlandais.

L'expo est divisée en thèmes: les paysages urbains et campagnards, les scènes de genre, la mer, les intérieurs d'églises, les portraits, les natures mortes et autres sujets favoris de l'époque. Notons les nombreuses vaches présentes dans les tableaux, ainsi que les scènes sur les canaux gelés, dont cette oeuvre de Andreas Schelfhout qui figure sur l'invitation et le catalogue de l'exposition.




Pas mon époque ni mon style favoris mais je passe un agréable moment, d'abord avec mes collègues, un verre à la main, puis dans un monde qui ne m'est pas familier mais qui me rend nostalgique.

Je me hâte de rentrer à la maison pour retrouver p'tit mari souffrant de toutes ses dents après avoir passé 4 heures dans le fauteuil d'une dentiste sadique. Pour rejoindre l'arrêt de tram, je coupe à travers le palais et ses nombreuses cours. Moisson de photos à la tombée du jour.




mardi 14 mai 2013

lundi 13 mai 2013

Chasse à l'oeuvre : Un trésor liégeois en Bohème

Il s'agit d'une belle histoire policière. Un vrai thriller artistique.

Nous sommes en 1984. Un businessman américain, Danny Douglas, propose à l'Etat, toujours Tchécoslovaque et encore communiste, de leur racheter une oeuvre d'art pour 250.000 dollars et de la sortir du pays. Il ne dévoile pas la nature de l'oeuvre mais dit simplement qu'il ne s'agit pas d'une oeuvre du patrimoine local, que personne ne l'a vue depuis longtemps car elle a été cachée durant la seconde guerre mondiale, et que personne ne remarquera son départ/absence ni ne la regrettera. L'Etat est tenté car en besoin de liquidités mais lance quand même une petite équipe de policiers sur la piste de l'oeuvre dans l’espoir de l'identifier et d'être sûr de ne pas se faire rouler.




Une vraie chasse à l'oeuvre d'art commence au départ de bien peu de renseignements, une vague localisation, à savoir en Bohème à environ 150 km de Nürnberg. De quoi s'agit-il ? Une peinture, une sculpture, un meuble ? Aucune indication à ce sujet. Sa date de naissance ? Inconnue aussi. Ses dimensions ? Pas de réponse.

Passons sur les détails des recherches de František Maryška et sa petite équipe. Dignes d'un roman. L'horloge tourne à toute vitesse car il s'agit de découvrir de quoi il s'agit avant que l'acte de vente ne soit signé. Après plus d'un an de recherches et in extremis, l'équipe finit par identifier l'oeuvre quelques jours à peine avant la signature.

Il s'agit du reliquaire de St-Maur, appartenant à la famille ducale des Beaufort-Spontin originaire de Florennes et dont les descendants s'installèrent à Bečov en Bohème, avec ce précieux trésor transmis de génération en génération depuis le 13e siècle.

Le reliquaire, de la mouvance artistique rhéno-mosane, fut commandé pour abriter les reliques du saint, reçues en cadeau de l’archevêque de Reims en 1051.




Notons à ce propos qu'une recherche ADN des ossements conservés dans le reliquaire a dénombré au moins 4 personnes différentes, dont une femme...

Grâce à la ténacité des investigateurs, le contrat n'est pas signé et l'oeuvre est déclarée patrimoine national. Il s'en est fallu de peu que l'Etat ne se fasse rouler car le businessman avait trouvé un acheteur prêt à débourser 8 millions de dollars !

Pour plus d'infos et de magnifiques photos de l'oeuvre sous tous les angles, voyez le site:
http://www.svatymaur.cz/en/introduction.html, qui explique la restauration de l'oeuvre fortement endommagée par son enfouissement sous terre et permet de visualiser les détails en cliquant sur certaines parties. Très bien fait !

samedi 11 mai 2013

Les petites histoires du Tram

Comme nous en avons parlé dans l'article sur le métro, la Ville de Prague a opté pour le tram en surface à la fin du 19ème siècle, par peur d'abîmer les caves historiques.

A Prague, le tram est un peu un emblème: les traditionnelles voitures rouges sillonnent la ville dans tous les sens et acheminent à peu près 340 millions de passagers par an. En comparaison, le tram de Bruxelles en transporte 123,5 millions par an, celui de Berlin 457,5 millions par an. En plus des lignes normales, il y a une ligne touristique, la ligne 91, fréquentée par une "vieille" voiture.




Comme beaucoup de transports en commun, il y a des contrôleurs. Pas d'exception ici, et régulièrement des "usagers" - fondu dans la masse par l'habillement et l'air pas propre - se révèlent être des contrôleurs en montrant leur badge. Le site dpp.cz (la 'tec' d'ici) a une page sur les contrôles, avec un exemple du médaillon d'identification.



La première fois qu'un contrôleur m'a montré son petit médaillon, qui fait gadget en plastique doré, je lui ai dit "désolé, je ne suis pas intéressé" et j'ai tourné la tête. Il n'a pas apprécié et m'a remontré son bidule en disant "ticket! ticket!".Là, j'ai compris que la crotte en plastoque est en fait l'emblème de son autorité, et je lui ai montré ma carte.

Mais le tram, c'est aussi une machine très lourde et opaque: régulièrement, il y a des accidents quand des gens traversent juste derrière une voiture et ne voient pas une autre arriver dans l'autre sens. J'ai été témoin d'un de ces accidents: une personne est passée derrière un tram et a été happée par une voiture sur la ligne en sens inverse. Immédiatement, tout se bloque! Tout se bloque aussi quand un tram est forcé de s'arrêter, par exemple pour une collision avec une voiture.

Quand un tram s'arrête, cela devient vite un bordel immense: les rames s'accumulent les unes derrière les autres, et commencent à bloquer non seulement le trafic sur la ligne en elle-même, mais aussi les voitures et les autres lignes qui partagent un tronçon de la voie. Ainsi, il est arrivé d'avoir un tram arrêté près de l'arrêt Arbesovo náměstí, et d'avoir des rames stoppées jusqu'à Újezd. Sur une carte, cela donne ceci.


Afficher Le tram ... sur une carte plus grande

Plus de 500 mètres de trams accumulés sur une voie! Il va sans dire que cela klaxonnait à l'envi. Cela fait aussi des dizaines et des dizaines de personnes aux arrêts qui attendent et s'engouffrent dans la première voiture qui se présente. Si vous voyez votre tram arriver et qu'il est bondé, ne le prenez pas: il y a plus que certainement un autre de la même ligne 2 minutes derrière, et il sera presque vide.

Le tram est aussi un endroit de prédilection pour les pickpockets: la ligne 22 tout particulièrement est connue pour être souvent le théâtre de vols. Il s'agit de la ligne qui dessert les jardins royaux et le château, et elle est empruntée chaque jour par des milliers de touristes. Comme la situation partait en vrille, les autorités ont pris des mesures sévères et adéquates: dans chaque tram se trouve la notice "Attention aux pickpockets" en anglais et en tchèque...

jeudi 9 mai 2013

Les secrets du métro de Prague


De mes presque cinq années à New York, un de mes souvenirs saillants est le métro: organisé, propre (relativement), fiable et sécurisé. Prague dispose aussi d'un réseau de transport en commun très étendu, mais principalement basé sur les trams en surface. Il y a néanmoins 3 grandes lignes de métro, A,B et C, aussi identifiées par leur couleur: A est vert, B est jaune et C est rouge. En voici une carte.



L'histoire du métro à Prague commence durant le 19e siècle avec une proposition de Ladislav Rott en 1898 , mais à l'époque le tram lui est préféré. Son idée était que, tant qu'à faire des trous partout pour mettre des égouts, pourquoi ne pas creuser un peu plus et construire un métro, à l'image d'autres grandes capitales européennes telles que Londres, Paris, Berlin ou Budapest.

Quelques années plus tard, en 1926, plusieurs ingénieurs reviennent à la charge avec des propositions concrètes, un tracé proche du tracé moderne, et même un plan de circulation des voyageurs: initialement, chaque rame devait être encadrée par deux quais: un d'embarquement d'un côté et un de débarquement de l'autre. Ce procédé est aujourd'hui connu comme la "solution espagnole."

Il faudra attendre 1931 et des problèmes de circulation routière pour que le premier appel d'offre soit formulé. La voiture et son utilisation urbaine s'intensifie et Prague rencontre de plus en plus de problèmes liés aux milliers de véhicules présents. L'appel d'offre abouti, et trois firmes le remportent. Mais il n'y aura jamais aucun travaux.

En 1939, les sociétés de transport sont prêtes, mais la deuxième guerre mondiale interrompt le projet.

Fast-forward jusqu'en 1960, puis en 1967: les premiers travaux de la future ligne C commencent. Le premier tronçon entre Sokolovská (aujourd'hui Florenc) et Kačerov est inauguré en 1974. La deuxième ligne (A) ouvre en 1978 et la troisième (B) en 1985. La ligne C est prolongée en 2008, et il est prévu que l'extension de la ligne A, actuellement en construction, soit finie en 2014.

Durant la période communiste, les lignes les plus profondes acquièrent un nouveau rôle: abris en cas d'urgence. Par exemple: guerre nucléaire. Dans la station de Dejvická, regardez dans la direction de la ville: il y a une grande porte carrée ouverte. En cas d'alerte, cette porte - et toutes les autres sur le réseau - peut être fermée pour transformer les stations en bunker hermétique.

Ces bunkers font partie du "Système de Protection du Metro" (ici pour quelques photos et un texte en Tchèque). Les tunnels les plus profonds sont même prévus pour accueillir les populations, la station de Staroměstská en est un exemple.

La majorité du métro a été construite lors de la période communiste. Lors de la libération en 1990, noms, décorations, oeuvres d'art ont été remplacés, pour faire oublier cette période sombre de l'histoire de la République Tchèque.

  • Leninova, la station de Lénine devient Dejvická du nom du quartier de Dejvice
  • Sokolovská faisant référence à la bataille de Sokolovo, devient Florenc du nom du quartier alentour
  • Moskevská, la station de Moscou, devient Anděl (l'ange)
  • Švermova, la station de Jan Šverma, un haut dignitaire communiste tchécoslovaque, devient Jinonice du nom du quartier alentour
  • Dukelská faisant référence à la Bataille de Dukla devient Nové Butovice du nom de cette banlieue de Prague
  • Fučíkova, la station de Julius Fučík devient celle de Nádraží Holešovice
  • Gottwaldova, la station de Klement Gottwald, premier président communiste de la Tchécoslovaquie, devient celle de Vyšehrad
  • Mládežnická, la station des Jeunesses communistes, devient Pankrác du nom du quartier alentour
  • Primátora Vacka, la station de Václav Vacek, maire de Prague entre 1946 et 1954, devient celle de Roztyly
  • Budovatelů, la station des « Bâtisseurs » (sous-entendu : « du Socialisme ») devient Chodov du nom du quartier alentour
  • Družby, la station de « l'Amitié » (sous-entendu : « entre les pays frères ») devient Opatov du nom du quartier alentour
  • Kosmonautů, la station des cosmonautes, devient Háje, du nom du quartier alentour
(rappel historique: un "cosmonaute", c'est un Russe qui va dans l'espace, un "astronaute", un Américain qui va dans l'espace et un "spationaute" un Francais qui va dans l'espace).

Il reste quelques vestiges des noms ou des décorations précédentes, ainsi la station d'Anděl conserve une partie des mots "Moskva/Praha" dans sa partie sud. D'autres restes existent mais sont souvent cachés derrière une échoppe ou un commerce.

Le métro de Prague est aussi le sujet de quelques légendes  comme la présence d'une station/bunker, ou l'existence d'une ligne secrète pour évacuer le gouvernement en cas d'attaque. Une autre légende concerne le sabotage des premiers trains, pour favoriser le fournisseur russe. Cette dernière est fausse, car les voitures ont été commandées avant les "mystérieux accidents".

Plus d'information

Le site de Wikipedia a une page sur le métro de Prague. Le site expats.cz a consacré deux articles au métro  1 et 2.